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REPORTAGE / Contraception féminine: De la sensibilisation à l’action

En Côte d’Ivoire, la planification familiale est une réalité. Celle-ci impacte l’existence de nombreuses femmes qui au moyen des diverses méthodes de contraception arrivent à réguler et épanouir leur vie sociale. Ces dix dernières années le taux de prévalence contraceptive est passé de 18% en 2021 à 24% en 2024, selon les données du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle. L’Etat y a contribué et continue de multiplier les actions de promotion et de sensibilisation en faveur d’un meilleur accès à des services de santé sexuelle.

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Le rapport d’activité 2023 de l’Association ivoirienne de bien-être familiale (AIBEF), indique que sur un objectif de 21237 nouvelles utilisatrices de contraceptifs attendus, ce sont 15249 femmes qui ont été enregistrées dans les structure de AIBEF et les centres franchisés. Cela représente un taux de réalisation de 71,80% ; soit sept femmes sur dix qui utilisent des contraceptifs en Côte d’Ivoire. Ces chiffres corroborent les propos de Céline Boua, infirmière major au siège de l’AIBEF Treichville : « il y a vingt ans, les méthodes contraceptives étaient peu connues et peu vulgarisées. Aujourd’hui les choses bougent et les femmes fréquentent de plus en plus les centres de santé pour éviter les grossesses non désirées et les IST/SIDA ».

A l’en croire, ce sont les femmes ayant déjà deux enfants ou plus, qui ont le plus recours aux contraceptifs. Une autre raison qui explique la hausse de l’utilisation des contraceptifs qu’énumère la major, c’est le fait que l’Etat de Côte d’Ivoire ait décidé de mettre gratuitement les contraceptifs à disposition des femmes dans les centres de santé publics sur toute l’étendue du territoire. Enfin, les avancées notables dans la planification familiale sont aussi dues, selon plusieurs spécialistes de santé, à la gratuité des préservatifs masculins dont bénéficient les personnes séropositives au niveau de l’AIBEF.

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L’injection reste la méthode la plus prisée

Parmi tous les contraceptifs, la spécialiste en santé sexuelle et reproductive fait savoir que l’injection est la méthode la plus usitée par les femmes. Elle est suivie des implants et de la pilule. Elle explique que l’injection demeure pratique et efficace comme le stérilet et les préservatifs bien que moins utilisés. Et d’ajouter que les contraceptifs irréversibles comme la ligature des trompes sont peu courants. En 2017, une femme dans la commune de Anyama avait choisi cette méthode qui consiste de bloquer les trompes de Fallope pour empêcher définitivement de concevoir une grossesse. Des femmes de divers milieux nous ont partagé leurs expériences sur la planification familiale.

photo clinique Bohler-l ‘injection est la méthode la plus utilisée parmi les contraceptifs en Côte d’Ivoire , selon le rapport de 2023-AIBEF

« Je ne supportais pas la pilule. Ça me donnait des maux de tête et des saignements irréguliers »

Yao Alice, jeune femme de 32 ans vivant à Dilla, un campement situé à sept kilomètres de Vavoua, au Centre -Ouest de la Côte d’Ivoire, dit avoir arrêté depuis cinq années la méthode de contraception pour plusieurs raisons. Selon elle, l’implant contraceptif qu’elle avait posé sur les recommandations d’un gynécologue à Vavoua, est tombé pendant les travaux champêtres. Ce petit bâtonnet souple, inséré sous la peau du bras, n’a pas pu tenir à cause des charges lourdes qu’elle portait. Dilla avoue, en outre, qu’elle avait utilisé la pilule lors de sa deuxième maternité ; mais y a mis fin du fait de l’inconfort. « Je ne supportais pas la pilule. Ça me donnait des maux de tête et des saignements irréguliers », se plaint-elle, les yeux baissés sur des mains durcies par les travaux champêtres. Mais, malgré sa mauvaise expérience, après moult réflexions, Alice nous annonce qu’elle souhaite repartir en ville pour se mettre à nouveau sous un contraceptif adapté à son organisme. Car, elle ne veut plus procréer après ses huit maternités. « Une autre grossesse va m’empêcher de me concentrer sur mes travaux champêtres. Si j’ai une méthode à ma portée qui me convient, je pourrai concentrer mon énergie et mes moyens sur mes huit enfants pour mieux réussir leur éducation », argue-t-elle.

Contrairement à Alice, cette autre trentenaire, Léonce Tonghui âgée de 38 ans, que nous avons rencontré à Grand-Bassam, a des craintes sur l’usage des contraceptifs. « J’hésite encore à me mettre à nouveau sous une méthode contraceptive », se défendît- elle. Cette dernière aurait eu des crises et un surpoids après un année d’usage des stérilets. Elle nous raconte, d’ailleurs, la mésaventure qu’elle a vécue et qu’elle n’est pas près d’oublier. « J’ai été interpellée dans la rue par une passante dans la rue sur une tache, mon pantalon, laissée à mes règles qui sont venues subitement, à l’improviste. La date de mes règles n’étant pas arrivée, je n’avais pas pris de précautions. J’ai eu du mal à digérer cette gêne publique ». Cette éducatrice préscolaire, parla avec amertume. Toutefois, sa pratique de la contraception se poursuit occasionnellement.  Cette dernière continue de prendre les pilules d’urgence dans ses périodes d’ovulation.

A Abidjan, la capitale économique ivoirienne, Dame Séri Antoinette (nom d’emprunt) âgée de 39 ans, assistante de direction nous relate, elle aussi, son expérience particulière. Nous la rencontrions au siège de l’AIBEF où elle était venue se faire consulter. Celle-ci pratique depuis sa première maternité, le planning familial après avoir commencé avec la pilule qu’elle a ensuite arrêtée. Antoinette soutient qu’aujourd’hui, elle a choisi de passer au stérilet en raison de son poids et parce celui-ci est sans hormones. La quarantenaire presque apprécie positivement les avantages de planification familiale en ces termes : « Il y a huit ans entre mon premier et mon deuxième enfant, et trois ans entre le deuxième et le troisième », lance-t-elle. Dame Séri ne manque pas d’exprimer sa satisfaction : « je suis épanouie et je peux m’occuper à la fois de moi-même, de mes enfants et de mon époux ». Puis, ajoute d’ailleurs, que son mari la soutient dans l’utilisation du contraceptif.

« Ça m’évite les soucis d’une grossesse imprévue »

Tout comme Antoinette, une jeune femme de 26 ans, web entrepreneur, nommée Mariam, qui n’a pas encore eu d’enfant, est aussi venue pour un rappel médical. Chez elle, sans arrière-pensée, c’est l’injection contraceptive qui est l’option. Après son entretien avec les agents de santé de l’AIBEF, elle ressort pour se rendre rapidement à la pharmacie de la structure pour acheter le produit injectable. Puis, sous nos yeux, elle se fait injecter par l’agent de santé qui après quoi note dans son carnet la date du prochain rendez-vous, prévu dans trois mois. Pour Mariam, l’injection est une assurance. « Ça m’évite les soucis d’une grossesse imprévue », souligne-t-elle. Précisant, ce faisant, attendre le mariage avant d’avoir des enfants, dans le strict respect d’un espacement des grossesses. Elle demeure, par ailleurs, convaincue que les sensibilisations à grande échelle sur la planification familiale via les réseaux sociaux, pouvaient contribuer à réduire de façon drastique les avortements pratiqués par des jeunes filles. « Mes amies et moi, on en parle ouvertement. Avant, c’était un tabou, mais maintenant, on sait que la planification familiale, c’est notre droit », lâche-t-elle d’un air décomplexé.

Quid du soutien des maris ?

Notre interlocutrice, l’infirmière major de l’AIBEF, Céline Boua, note que les hommes sont moins impliqués dans la planification familiale ; même si certaines femmes disent se mettre sous contraceptifs avec l’accord de leurs époux. En Côte d’Ivoire, le rôle des époux est encore moins visible.  Cependant, il importe de relever que des hommes de certains pays de la sous-région, notamment les nigériens et les burkinabè vivant à Abidjan, accompagnent leurs compagnes en consultation de planification familiale.

Photo imagée de la famille heureuse -AIBEF

Maya Konan