Yao Alice, jeune femme de 32ans vit à Dilla, campement situé à sept kilomètres de Vavoua, une ville du centre -ouest de la Côte d’Ivoire. Elle a arrêté depuis cinq années la méthode de contraception pour des raisons suivantes : selon elle, l’implant contraceptif posé sur recommandation d’un gynécologue à Vavoua, est tombé pendant les travaux champêtres. Ce petit bâtonnet souple, inséré sous la peau du bras, n’a pas pu tenir à cause des charges lourdes qu’elle portait. Même si elle avoue avoir utilisé la pilule lors de sa deuxième maternité, elle affirme qu’elle y a mis fin mais du fait de l’inconfort. « Je ne supportais pas la pilule. Ça me donnait des maux de tête et des saignements irréguliers », nous confie t- elle, en langue baoulé, les yeux baissés sur ses mains calleuses marquées par les travaux champêtres.
Toutefois, après moult réflexions, Alice souhaite repartir en ville pour se mettre à nouveau sous un contraceptif adapté à son organisme. Car, elle ne veut plus procréer après ses huit maternités. « Une autre grossesse va m’empêcher de me concentrer sur mes travaux champêtres. Si j’ai une méthode à ma portée qui me convient, je pourrai concentrer mon énergie et mes moyens sur mes huit enfants pour mieux réussir leur éducation », émet-elle le vœu.
Contrairement à Alice, à Grand-Bassam, Léonce Tonghui âgée de 38 ans exprime ses craintes sur l’usage des contraceptifs. « J’hésite encore à me mettre à nouveau sous une méthode contraceptive », clame-t-elle. Elle rappelle, avec amertume, les crises qu’elle a traversées et du poids qu’elle a pris après un année d’usage de stérilets. « J’ai été interpellée par une passante s dans la rue sur une tache (mes règles sont venues subitement) sur mon pantalon. La date de mes règles n’étant pas arrivée, je n’avais pas pris de précautions à cet effet et j’ai eu du mal à digérer cet état de fait », se remémore cette éducatrice préscolaire, avec un ton plein de ressentiment. Toutefois, elle avoue de prendre les pilule d’urgence en cas de période d’ovulation.
Dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, l’expérience de Dame Seri (nom d’emprunt) âgée de 39 ans, assistante de direction venue se faire consulter au siège de l’AIBEF est tout autre. « Je pratique depuis ma première maternité, le planning familial, j’avais d’ailleurs commencé avec la pilule mais j’ai arrêté. Aujourd’hui, j’ai choisi de passer au stérilet en raison de mon poids et parce qu’il est sans hormones. Il y a huit ans entre mon premier et mon deuxième enfant, et trois ans entre le deuxième et le troisième », égrène-t-elle les avantages de la planification familiale. Sans détour, elle affirme: « je suis épanouie et je peux m’occuper à la fois de moi-même, de mes enfants et de mon époux ». D’ailleurs, elle fait observer qu’elle bénéficie du soutien de son mari dans l’usage du contraceptif.
Mariam, une jeune femme de 26 ans, web entrepreneur, qui n’a pas encore eu d’enfant, venue pour un rappel médical, s’inscrit dans la même vision que Dame Séri. Elle utilise l’injection contraceptive, sans arrière-pensée. Reçue par les agents de santé au sein de l’AIBEF, elle se rend rapidement à la pharmacie de la structure pour acheter le produit injectable. Sous nos yeux, elle se fait injecter. L’agent de santé note dans son carnet la date du prochain rendez-vous, prévu dans trois mois. Pour Mariam, l’injection est opportune. « Ça m’évite les soucis d’une grossesse imprévue », souligne-t-elle. Mariam dit attendre le mariage avant d’avoir des enfants, dans le strict respect d’un espacement des grossesses. D’ailleurs, elle déclare que les sensibilisations à grande échelle sur la planification familiale via les réseaux sociaux, pouvaient contribuer à réduire de façon drastique les avortements pratiqués par des jeunes filles. « Mes amies et moi, on en parle ouvertement. Avant, c’était un tabou, mais maintenant, on sait que la planification familiale, c’est notre droit » indique-t-elle.
07 femmes sur 10 utilisent les contraceptifs en Côte d’Ivoire
Selon le rapport d’activité 2023 de l’AIBEF, sur un objectif de 21237 nouvelles utilisatrices de contraceptifs attendus, ce sont 15249 femmes qui ont été enregistrées dans les structure de AIBEF et centre franchisés. Ce qui représente un taux de réalisation de 71,80%, soit sept femmes sur dix qui utilisent des contraceptifs en Côte d’Ivoire. Des chiffres qui corroborent les propos de Céline Boua, infirmière major au siège de l’AIBEF Treichville: « il y a vingt ans, les méthodes contraceptives étaient peu connues et peu vulgarisées. Aujourd’hui les choses bougent et les femmes fréquentent de plus en plus les centres de santé en Côte d’Ivoire pour éviter les grossesses non désirées et les IST/SIDA ».
A l’en croire, ce sont les femmes ayant déjà deux enfants ou plus, qui ont le plus recours aux contraceptifs. Une autre raison qui explique la hausse de l’utilisation des contraceptifs, révèle la major, c’est que l’Etat de Côte d’Ivoire a décidé de mettre gratuitement les contraceptifs dans les centres de santé publics à disposition des femmes sur toute l’étendue du territoire. Enfin, un autre motif qui explique les avancées notables dans la planification familiale est la gratuité des préservatifs masculins à l’AIBEF pour toutes les personnes séropositives.
L’injection reste la méthode la plus prisée
Parmi tous les contraceptifs, la spécialiste en santé sexuelle et reproductive fait savoir que l’injection est la méthode la plus utilisée par les femmes. Elle est suivie des implants et de la pilule. Elle explique que l’injection demeure pratique et efficace comme le stérilet et les préservatifs bien que moins utilisés. Et d’ajouter que les contraceptifs irréversibles comme la ligature des trompes sont peu courants. En 2017, une femme dans la commune de Anyama avait choisi cette méthode qui consiste à bloquer les trompes de Fallope pour empêcher définitivement de concevoir une grossesse.
Les hommes dans l’ombre
D’après l’infirmière major, les hommes sont moins impliqués dans la planification familiale quoique certaines femmes disent se mettre sous contraceptifs avec l’accord éclairé de leurs époux.
Cependant, il importe de relever que des hommes de certains pays de la sous-région, notamment les nigériens et les burkinabè qui accompagnent leurs compagnes en consultation de planification familiale.
Maya Konan