Portrait Dr Olga Porquet-Mabanza : directrice de l’hôpital psychiatrique de Bingerville

En prélude à la célébration des 63 ans de l’hôpital psychiatrique de Bingerville, le Dr Olga Porquet-Mabanza s’est exprimée le vendredi 29 août 2025 lors d’une tribune organisée par l’Union des journalistes et professionnels de la communication de Bingerville (UJPCB).

Elle a saisi cette opportunité pour retracer son parcours inspirant, de major de sa promotion en faculté de médecine au poste de directrice de l’hôpital psychiatrique de Bingerville.

 

Un choix académique à Dakar

Originaire de Côte d’Ivoire, Olga Porquet-Mabanza choisit le Sénégal, un pays qu’elle affectionne depuis son enfance, pour entreprendre ses études de médecine à l’université Cheick Anta Diop, reconnue comme une référence en sciences médicales en Afrique de l’Ouest. Ce choix n’est pas anodin : au-delà de l’excellence académique, c’est une connexion personnelle avec le Sénégal qui la guide. Après l’obtention de son baccalauréat, elle s’engage dans un cursus rigoureux, couronné par un succès remarquable. Major de sa promotion au concours des internes des hôpitaux en psychiatrie, elle entame la spécialisation en psychiatrique.

C’est à la clinique psychiatrique Moussa Diop de l’hôpital de Fann, à Dakar, qu’elle découvre véritablement sa vocation. Confrontée à la détresse des patients, elle perçoit leur souffrance, mais aussi leur humanité. « J’ai tout de suite vu des personnes en souffrance, mais aussi des personnes qui, une fois en rémission, redevenaient comme vous et moi, reprenant leur vie quotidienne avec gratitude », confie-t-elle. Cette expérience marque un tournant : la psychiatrie, dit-elle, ne l’a pas choisie, c’est elle qui a été choisie par cette discipline. Après huit ans d’études médicales, suivis de quatre années de spécialisation, elle embrasse pleinement cette voie exigeante, portée par une conviction profonde : la psychiatrie est la spécialité médicale la plus humaine, celle qui demande le plus d’empathie, d’écoute et de don de soi.

Engagée pour la cause humanitaire dans le sud du Sénégal

Après sa formation, elle accepte une mission en Casamance dans le sud du Sénégal, une région en proie à un conflit de plus de trente ans. Pendant six mois, elle est la seule femme psychiatre à travailler dans cette zone à risque, où peu ose s’aventurer. Cette expérience forge son caractère et renforce son engagement à servir les populations les plus vulnérables, quelles que soient les circonstances.

Une carrière internationale et un retour aux racines

Après son passage au Sénégal, le Dr Porquet-Mabanza poursuit son parcours en France, où elle travaille dans un hôpital psychiatrique et se forme en psycho traumatologie, une discipline centrée sur la gestion des traumatismes psychiques. Cette expertise enrichit son approche pour accompagner les patients confrontés à des expériences complexes.

En 2015, animée par le désir de contribuer au développement de son pays, elle décide de rentrer en Côte d’Ivoire. Recrutée comme fonctionnaire de l’État, elle intègre d’abord le Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU) en tant que psychiatre, une position où elle apporte un soutien psychologique crucial dans des situations d’urgence. Deux ans plus tard, elle est nommée cheffe du service psychosocial du Centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale. Pendant sept ans, elle accompagne les patients en hémodialyse à travers le pays, ainsi que sur l’ensemble des centres de dialyse de Côte d’Ivoire.

 Nouvelle étape à Bingerville

Depuis le 05 mars 2025, le Dr Olga Porquet-Mabanza franchit une nouvelle étape dans sa carrière en prenant la direction de l’hôpital psychiatrique de Bingerville. Cette nomination consacre son parcours exceptionnel et son dévouement à la psychiatrie. À la tête de cet établissement sanitaire, elle continue de porter sa vision, convaincue que permettre à un patient de retrouver ses facultés est l’une des plus belles récompenses de son métier.

Changer les préjugés sur l’hôpital psychiatrique de Bingerville 

Le Dr Olga Porquet-Mabanza, directrice de l’hôpital psychiatrique de Bingerville, s’engage avec détermination à transformer les perceptions sur la santé mentale en Côte d’Ivoire. « Pour beaucoup d’Ivoiriens, notre hôpital est encore perçu comme un ‘asile de fous’ », déplore-t-elle. Afin de briser ces préjugés, elle multiplie les initiatives pour ouvrir les portes de l’établissement sanitaire, notamment à travers des échanges avec les médias et une présence active sur les réseaux sociaux. « C’est ensemble, main dans la main, que nous changerons les mentalités sur la santé mentale et l’image de notre hôpital », affirme-t-elle avec conviction

Une vue de l’entretien avec Dr Olga Porquet-Mabanza et l’Union des journalistes et professionnels de la communication de Bingerville (UJPCB) dans les jardins de l’hôpital psychiatrique de Bingerville

Maya Konan