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3 NOVEMBRE 2026 – JOURNÉE MONDIALE ONE HEALTH. INTERVIEW / Dr Djénéba OUATTARA, Coordinatrice nationale de la PLUSS-CI Plateforme Nationale Une Seule Santé – Côte d’Ivoire « La santé ne commence pas à l’hôpital. Elle commence dans notre cour. »

Dans cette interview, elle explique avec des mots simples :
C’est quoi le One Health ?
C’est quoi la PLUSS-CI ?
Qu’est-ce qui a changé depuis 2019 ?
Et que faire, nous, dans nos maisons, pour protéger nos familles ?

Hommes, animaux, environnement : une seule santé, une seule responsabilité.

 

Dr Djénéba OUATTARA, Coordinatrice nationale de la PLUSS-CI Plateforme Nationale Une Seule Santé – Côte d’Ivoire
Ce matin-là, la Dr Djénéba Ouattara a rangé le jargon technique et la posture d’experte au placard. Devant son auditoire, elle a choisi de parler tout simplement comme une femme de cour.
« Imaginez notre grande cour familiale », lance-t-elle au micro. « Il y a la famille. Le chien qui garde la maison. Les poules, les cabris. L’eau du puits, les arbres, le caniveau, et parfois ce tas d’ordures dans le coin. Si l’eau du puits est souillée, qui tombe malade ? Toute la famille. Si le chien attrape la rage, qui est menacé ? Nos enfants. »
En trente secondes à peine, elle venait d’illustrer ce que les décrets administratifs et les séminaires d’experts peinent à faire comprendre depuis sept ans : One Health, c’est Une Seule Santé. L’être humain, l’animal, la nature. Un seul et même corps.
Et aujourd’hui, ce corps souffre d’un mal tenace : le cloisonnement. D’un côté, les médecins enfermés dans leurs hôpitaux ; de l’autre, les vétérinaires cantonnés à leurs abattoirs ; et plus loin, les environnementalistes isolés dans leurs parcs. Chacun suit sa ligne. Sauf que les épidémies, elles, ne connaissent pas de frontières.
Dr Djénéba rappelle alors des chiffres qui sonnent comme un réveil brutal : trois quarts des nouvelles maladies qui touchent l’humain proviennent du monde animal. C’est la rage du chien de Guitry. Lassa transmise par le rat. Ebola sortie des chauves-souris de la forêt. La fièvre jaune véhiculée par le moustique qui pique le singe avant de s’en prendre à l’homme à Doropo. Et c’est même cet attiéké qui vient à manquer sur nos tables parce que le manioc tombe malade du côté de Man.
Pour casser ces silos, l’État a créé en 2019 un véritable chef d’orchestre : la PLUSS-CI. Pas une structure bureaucratique de plus, mais un organe stratégique rattaché directement à la Primature. Une position nécessaire pour parler d’égal à égal aux ministères de la Santé, de l’Agriculture, de l’Environnement ou de la Défense, et leur imposer de jouer la même partition.
L’organisation se veut rigoureuse. Au sommet, le Comité de veille réunit vingt ministres et l’OMS pour fixer la cap. Juste en dessous, les techniciens de l’INHP préparent les plans de réponse. Au quotidien, le Secrétariat assure la fluidité des opérations. Et sur le terrain, là où les crises éclosent, le Préfet pilote son département. « Parce qu’une épidémie ne naît jamais dans un bureau à Abidjan », souligne-t-elle. « Elle prend racine au bord d’une rivière, au fond d’un poulailler. »
Sur le terrain, la méthode porte-t-elle ses fruits ? Plutôt que de longs discours, la Dr Djénéba aligne les faits.
Juillet 2026, Bounkani. Une alerte à la fièvre jaune survient en lisière du Parc de la Comoé. L’intervention ne se limite pas à l’envoi de médecins : entomologistes traquant le moustique, vétérinaires, sociologues échangeant avec les chefs traditionnels et associations de femmes se mobilisent ensemble. Le même mois à Aboisso, face à la crue de la Bia, la Protection civile, l’INHP et les équipes vétérinaires montent dans la même pirogue. Résultat : aucune perte humaine.
Un mois plus tôt, à Songon, des poissons morts dérivent sur la lagune Ébrié. La réaction est immédiate : ressources halieutiques, environnement et autorités locales s’associent pour analyser le phénomène, assainir la zone et sensibiliser les riverains.
C’est cela, la réalité de la PLUSS-CI : lorsqu’un cas de rage survient à Bouna, le vétérinaire prend en charge l’animal pendant que l’INHP administre le vaccin à l’enfant.
Pour autant, la Dr Djénéba ne masque pas les faiblesses du système. La transmission des données entre services reste laborieuse, les financements dépendent encore trop des bailleurs extérieurs, et certaines plateformes départementales manquent de substance. Sans compter ce constat alarmant : à ce jour, à peine un chien sur dix est vacciné.
Pour l’avenir, son ambition repose sur des avancées concrètes : un système d’alerte unifié informant simultanément le médecin et le vétérinaire, des relais départementaux pleinement opérationnels autour des préfets, et la création d’une filière académique ivoirienne One Health réunissant futurs médecins et vétérinaires sur les mêmes bancs.
Elle a conclu son intervention en s’écartant du texte officiel, avec une formule simple et empreinte de bon sens :
« La santé ne commence pas à l’hôpital. Elle commence dans notre cour. »

 

 

AMED BAMBA