Prix Nobel de la paix 2026: Navi Pillay, une vie de combat contre l’apartheid et pour l’égalité
Le prix Nobel de la paix a été décerné à la juriste sud-africaine Navi Pillay le vendredi 9 octobre 2026. Navanethem Pillay, âgée de 85 ans, a été l’une des premières femmes avocates de couleur, c’est-à-dire non blanches, du pays de l’apartheid. La lauréate d’origine indienne tamoule a grandi au pays du développement séparé des races, où seuls les Blancs avaient tous les droits et ne s’est jamais accommodée de cela.
Son cabinet d’avocat était celui des combattants anti-apartheid, des prisonniers de Robben Island. À la libération de Nelson Mandela, elle sera nommée, un an après son élection, à la plus haute juridiction du pays et entamera une carrière internationale pour la défense des droits de l’homme. Découvrons un peu cette femme au sens de l’humour acéré, même en des moments solennels, disant à ceux qui l’acclament pour son prix que s’ils le font plus fort, elle le partagerait peut-être avec Trump. Si l’on peut crier Africa Oyé, tout le monde est-il heureux de ce choix du comité Nobel ?
La nation arc-en-ciel est un terreau fertile en prix Nobel. Navi Pillay est la cinquième citoyenne d’Afrique du Sud à obtenir la récompense tant rêvée de Donald Trump. Ce sont quatre prix que le pays a obtenus, mais celui de 1993 a récompensé Nelson Mandela et Frederik De Klerk. Avant eux, il y a eu en 1960 Albert John Luthuli, le fondateur de l’ ANC, et l’évêque Desmond Tutu en 1984. L’Afrique du Sud est une terre de grands hommes au sens moral très élevé, mais aussi de grandes souffrances, de misères pour les populations, mais des femmes et des hommes se sont levés pour se battre pour les droits des opprimés, refusant la loi du plus fort. Beaucoup de gens ignorent la relation étroite entre la paix, les droits humains et le droit international. Navi Pillay a consacré sa vie à ce triptyque. Ce prix ne tombe pas du ciel, il consacre une vie dédiée à la défense des droits humains et du droit international.
Le “fighting spirit” de la lauréate.
En 1941, à sa naissance avec un papa chauffeur de bus au Kwazulu-Natal, elle n’avait aucun privilège. Elle grandit dans un quartier pauvre de Durban, ville portuaire d’Afrique du Sud, étudie le droit et obtient un doctorat à Harvard. Le déterminisme social ne l’a pas empêché de faire de brillantes études et une carrière hors norme dans son pays et à l’international. Qui mieux qu’elle peut dire ce qu’elle a vécu ? Elle en parle à l’AFP en 2023 : « Nous avons subi les pires insultes et discriminations raciales, avons été maltraités et traités comme des moins que rien ».
Et dans ce contexte-là elle a opté pour « se battre à chaque match ». Navi Pillay a toujours refusé d’être « faible et pleurer ». Si on prend ses compatriotes prédécesseurs du Nobel, ils avaient tous cette résilience mentale, cette créativité face à l’adversité. Ce n’est pas anodin quand elle parle de se battre à chaque match. Sa force réside dans son “fighting spirit”. On l’acquiert petit dans des conditions difficiles, quand la vie est un combat, et il ne vous quitte plus. « J’ai toujours su qui j’étais et comment combattre toute forme de discrimination. En osant prendre la parole et en la condamnant. C’est ce que j’ai fait à l’ONU », disait-elle encore.
Et à l’ONU, elle est montée sur le ring plusieurs fois. À peine a-t-elle été nommée à la haute cour de justice sud-africaine en 1994 que Nelson Mandela lui a demandé d’aller au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et l’Afrique du Sud a présenté sa candidature à l’Assemblée générale des Nations unies qui l’a élue la même année. Elle est restée huit ans au TPIR et en était la présidente lors de son deuxième mandat. Elle s’est fait remarquer pour sa contribution à la jurisprudence de cette institution sur le viol en tant qu’acte de génocide et sur les questions de liberté d’expression et de propagande haineuse. C’est depuis cette période qu’elle poursuit les auteurs de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Après le TPIR, elle a prêté ses talents comme juge à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, notamment à sa Chambre d’appel, de 2003 à 2008. Elle sera haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de 2008 à 2014. Et elle était, durant ces années, une vigie morale qui critiquait la répression des gouvernements contre les manifestations populaires comme en Libye et en Syrie. Elle est au courant des tourments de notre monde actuel de par sa vie et son expérience professionnelle de plus de 50 ans. Pour obliger les États à rendre compte et lutter contre l’impunité, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme met en place des commissions pour établir les faits, leur rapport indépendant n’est pas endossé par l’ONU.
La responsabilité d’Israël dans un génocide contre le peuple palestinien dans la bande de Gaza
On peut tout reprocher à Mme Pillay sauf sa connaissance du génocide. Elle a jugé ceux qui ont commis ce crime ces dernières années au Rwanda et ce n’est pas fortuit si Navi Pillay a présidé de 2021 à 2025 la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé et Israël. La commission composée de trois experts indépendants a examiné les causes profondes du conflit israélo-palestinien. Elle a dans son rapport rendu public en septembre 2025 conclu à la responsabilité d’Israël dans un génocide contre le peuple palestinien dans la bande de Gaza. Ce qui veut dire que la politique du pouvoir israélien dans la bande de Gaza vise « la destruction systématique de la vie palestinienne ». Combattante infatigable, elle travaille actuellement comme juge ad hoc à la Cour internationale de justice, la plus haute instance judiciaire de l’ONU, et est en charge du dossier de la plainte de la Gambie contre la Birmanie pour violations de la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.
Le comité Nobel a voulu saluer une vie et une action contre l’apartheid, la poursuite des crimes de guerre, contre l’humanité et de génocide devant les tribunaux. La paix pour le jury du Nobel, c’est une société où il y a des remparts, des règles communes, le respect du droit international. La paix pour le comité norvégien, c’est aussi la redevabilité des États et de leurs dirigeants, pour que les victimes de violence et de conflits regagnent l’espoir. Il y a des qualités individuelles que le jury a vues dans la lauréate : son rôle « dans l’élaboration d’un système juridique international fondé sur l’ordre et le droit, tout en mettant en avant sa rigueur juridique, son intégrité personnelle et son courage remarquable ». Et également « son sens moral inébranlable », et ses luttes « contre une discrimination structurelle profonde, la ségrégation et l’exclusion ».
Cette distinction de Navanethem Pillay n’est pas du goût de tout le monde. D’abord Donald Trump qui est mécontent de ne l’avoir pas obtenu encore, comme les 286 autres candidats malheureux : lui qui est convaincu d’avoir mis fin à huit guerres dans son monde parallèle. Pour bien montrer que les États-Unis sont contre l’ordre et le droit international, ils ont déclaré de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale le 9 octobre 2026. Et naturellement Benjamin Netanyahou, qui est accusé de crimes de guerre, contre l’humanité et de génocide et contre lequel depuis 2024 la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt. Pour lui, Israël, en tant qu’État juif, a un blanc-seing pour commettre toutes les horreurs parce qu’il y a eu la Shoah. Navi Pillay a une réponse à cela : deux torts ne font pas un droit.
Source: Le Faso.net

