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SAJEM 2026 : les médias africains face à l’urgence de réinventer leur modèle économique

À Abidjan, la première édition du Sommet Africain du Journalisme et de l’Entrepreneuriat des Médias (SAJEM) a mis en lumière l’un des défis les plus pressants du secteur : comment garantir la survie économique des médias sans sacrifier la qualité, la crédibilité et l’indépendance de l’information ?

Réunis jeudi 1er octobre au Capitol Hôtel, professionnels des médias, régulateurs, entrepreneurs et experts ont confronté leurs expériences et exploré de nouvelles pistes pour rendre les entreprises de presse africaines plus viables. Quand le journalisme ne suffit plus à faire vivre les médias

Organisée autour du thème « Journalisme, innovation et modèles économiques des médias africains », cette première édition du SAJEM a placé la question économique au centre des réflexions sur l’avenir du secteur.

Le constat est préoccupant. Lors des échanges, le directeur exécutif du SAJEM 2026, Israël Guébo, a évoqué une forte contraction du marché de la presse écrite en Côte d’Ivoire. Selon les chiffres qu’il a avancés, les ventes seraient passées d’environ 6 milliards de FCFA en 2011 à moins de 600 millions de FCFA aujourd’hui. Une évolution qui traduit, selon lui, la nécessité de ne plus opposer journalisme et entrepreneuriat. « La passion fait tenir nos médias. Elle ne les fait pas vivre », a-t-il déclaré, en plaidant pour une approche qui associe davantage qualité éditoriale et viabilité économique.

Le modèle traditionnel sous pression

Avec la transformation des habitudes de consommation de l’information, le développement des plateformes numériques et l’évolution du marché publicitaire, les entreprises de médias sont confrontées à la nécessité de diversifier leurs sources de revenus.

Le SAJEM a ainsi voulu dépasser le simple diagnostic pour mettre en discussion des solutions concrètes : financement du journalisme d’investigation, management des entreprises de presse, intelligence artificielle, éducation aux médias et à l’information, mais aussi développement de nouveaux modèles économiques.

Le programme officiel prévoyait notamment un panel consacré à « Entreprendre dans les médias africains : de l’idée au modèle viable », ainsi que plusieurs masterclass destinées à renforcer les compétences des professionnels.

Régulation et rentabilité : où placer le curseur ?

La recherche de rentabilité ne peut toutefois être dissociée des responsabilités qui incombent aux médias. C’est tout l’enjeu de la table ronde consacrée à « Médias : quel équilibre entre régulation et business ? », qui a réuni des représentants de la HACA et de l’ ANP. Le débat devait notamment interroger les conditions permettant aux entreprises médiatiques de construire des modèles économiquement durables tout en respectant leurs obligations professionnelles et réglementaires.

Cette articulation entre économie, responsabilité et régulation constitue un enjeu majeur dans un environnement où la recherche de revenus peut parfois entrer en tension avec les exigences éditoriales.

L’Afrique veut-elle encore importer ses modèles ?

Autre message fort porté lors du sommet : la nécessité pour les acteurs africains de construire des réponses adaptées à leurs propres réalités.

Représentant le ministre de la Communication et directeur général de l’Agence de soutien et de développement des médias (ASDM), Méïté Sindou a appelé à l’émergence de modèles économiques conçus à partir des réalités africaines.

Méïté Sindou, représentant du ministre de la Communication et directeur général de l’Agence de soutien et de développement des médias (ASDM)

Il a notamment indiqué que l’ASDM accompagne actuellement huit entreprises, dont six titres de presse écrite et deux radios, dans la formalisation de leur vision et l’élaboration de plans stratégiques. Selon ses déclarations rapportées par Ivoire.ci, ces plans doivent constituer une base pour un accompagnement financier du ministère à travers l’ASDM.

Le responsable a également évoqué un projet de réforme destiné à contribuer à la reconstruction du marché de la presse, avec une proposition attendue auprès du gouvernement avant la fin de l’année et une opérationnalisation envisagée au plus tard avant la fin du premier trimestre 2027. Ces éléments relèvent des annonces rapportées lors du sommet et devront être suivis au regard de leur mise en œuvre effective.

Former pour entreprendre, innover pour durer

Le SAJEM n’a pas limité ses travaux aux débats économiques. La journée a également accordé une place importante au renforcement des compétences.

Parmi les sessions annoncées figuraient une masterclass sur le financement du journalisme d’investigation, animée par Kaberu Tairu du CJID, une autre sur les compétences nécessaires pour devenir dirigeant de médias, avec Jean-Baptiste Diebold de l’ESJ Lille, ainsi qu’une session consacrée au développement des médias à travers l’Éducation aux médias et à l’information, avec Laurent Bigot de l’École publique de journalisme de Tours.

L’intelligence artificielle et le journalisme figuraient également parmi les sujets proposés aux participants, signe que la transformation technologique s’impose désormais comme une composante du débat sur l’avenir économique des médias.

Du média qui informe au média qui se structure comme une entreprise

À travers cette première édition, le SAJEM pose ainsi une question qui dépasse la seule profession journalistique : comment construire des entreprises de médias capables de produire une information de qualité tout en assurant leur propre pérennité ?

La réponse ne semble plus pouvoir reposer uniquement sur les recettes traditionnelles. Elle passe également par la formation des dirigeants, la diversification des revenus, l’innovation éditoriale et technologique, les partenariats et une meilleure structuration des entreprises de presse.

Le sommet, organisé par AGANON ÉDITIONS, entend précisément créer un espace de réflexion, de formation et de mise en relation entre journalistes, éditeurs, entrepreneurs, investisseurs, décideurs et experts du numérique.

Après les débats, le temps des actes

La première édition du SAJEM s’est achevée par une conférence consacrée à « L’entrepreneuriat dans les médias : les clés de la réussite », suivie de la lecture des résolutions du sommet.

Mais au-delà des panels et des masterclass, le véritable enjeu se situe désormais dans la capacité des acteurs à transformer les recommandations en actions concrètes.

Car si le modèle économique des médias africains est en pleine mutation, une certitude ressort des échanges d’Abidjan : la pérennité du journalisme dépendra aussi de la capacité des entreprises de presse à devenir économiquement plus solides, sans perdre de vue leur responsabilité première envers le public.

MARIFLO