Santé sexuelle : 3,87% des femmes utilisent le préservatif féminin en Côte d’Ivoire
Seulement 3,87% des femmes utilisent le préservatif féminin en Côte d’Ivoire, selon une étude de l’Agence ivoirienne du marketing social (AIMAS) menée en 2024. Le coût, l’accessibilité limitée et les difficultés d’utilisation expliquent en grande partie la faible adhésion à cette méthode de prévention du VIH et des infections sexuellement transmissibles.
Le préservatif féminin, également appelé fémidom, peine encore à s’imposer dans les pratiques de santé sexuelle en Côte d’Ivoire. Pourtant conçu comme une alternative au préservatif masculin, notamment pour permettre aux femmes de mieux contrôler leur protection lors des rapports sexuels, il demeure très peu utilisé.
D’après les données de l’ AIMAS, 3,87% des femmes déclarent recourir au femidom, contre 96% en utilisent pas . Une situation qui interroge dans un contexte marqué par la lutte contre le VIH/sida, les infections sexuellement transmissibles (IST) et les grossesses non désirées.
Pour Stéphanie Yéo, sociologue et experte en protection sociale, le préservatif féminin a précisément été imaginé pour offrir une solution aux femmes dont les partenaires refusent le port du condom. Mais cette autonomie potentielle ne suffit pas encore à convaincre. « Le préservatif féminin ne fait pas l’unanimité auprès des femmes », observe Bénédicte Bolou, promotrice d’événements culturels, qui estime que cette méthode reste peu attractive pour de nombreuses utilisatrices.
Romaric Kouassi, chef de la cellule IST- VIH/sida à l’ AIMAS, évoque plusieurs barrières à son adoption. Au-delà de sa fonction contraceptive, le femidom protège contre les IST et peut permettre à la femme de décider d’éviter ou non une grossesse. Il offre également une couverture plus étendue de la zone génitale, ce qui peut contribuer à réduire les risques liés à certaines infections transmissibles par contact peau à peau, dont le papillomavirus humain, associé au cancer du col de l’utérus.
Le condom largement privilégié
Une autre enquête réalisée en 2023 par l’ AIMAS auprès des travailleuses du sexe à Abidjan, San-Pedro et Yamoussoukro met en évidence la préférence écrasante pour le préservatif masculin. Seulement 3,27% des femmes interrogées utilisaient le femidom, contre 93% qui privilégiaient le condom.
Chez les travailleuses du sexe, particulièrement exposées aux risques d’ IST et de VIH, le préservatif féminin peut toutefois constituer une alternative utile lorsque le client refuse de se protéger. Son utilisation reste néanmoins conditionnée par l’acceptation du partenaire et par la capacité des femmes à l’insérer correctement avant le rapport.
Prix, accessibilité et inconfort
Le prix constitue le principal frein identifié par l’ AIMAS. Un paquet de trois préservatifs masculins coûte environ 300 FCFA et se trouve facilement dans les boutiques et autres points de vente. À l’inverse, le femidom, à usage unique, peut coûter entre 1 200 et 1 500 FCFA en pharmacie, ou environ 1 000 FCFA l’unité auprès de certaines organisations non gouvernementales.
À cette différence de prix s’ajoutent des difficultés pratiques. Plusieurs utilisatrices évoquent une insertion jugée complexe, une gêne, voire un inconfort pendant le rapport. « J’ai trouvé les dispositions prises pour porter le femidom assez complexes », témoigne Adeline Bah Bi, qui explique avoir abandonné son utilisation. Abou Sanogo, lui, évoque le rebord du dispositif, qu’il juge peu confortable.
Pour Romaric Kouassi, l’amélioration de l’accès au préservatif féminin passe par une intensification des campagnes de sensibilisation, particulièrement auprès des jeunes. Il plaide aussi pour une subvention du femidom, à l’image du préservatif masculin. Une mesure qui pourrait favoriser son utilisation dans un pays où, selon les chiffres rapportés dans le texte, près de 420 000 personnes vivent avec le VIH, dont une majorité de femmes.
Maya KONAN

