Côte d’Ivoire/Enquête / Rentrée scolaire 2021-2022 : Le Drame des enfants handicapés

A l’exception de quelques familles, dans les quartiers pauvres d’Abidjan ou dans certaines régions de la Côte d’Ivoire, la grande famille des handicapés psychiques et moteurs constitue une perte ou un déchet pour des familles pauvres. Surtout pendant la rentrée scolaire, la plupart des enfants sont privés du chemin de l’école. Car, ils constituent le dernier souci de leurs parents ou sont victimes de certains comportements et pratiques des parents.

Des enfants handicapés privés du chemin de l’école

Pour cette rentrée scolaire 2021-2022, nombreux sont les enfants handicapés des quartiers pauvres d’Abidjan et de l’intérieur du pays qui ne connaitront pas le chemin de l’école. Ils ne seront pas tout simplement inscrits dans le registre à cause de leur handicap que certains parents des familles très pauvres considèrent comme une fatalité pour l’école. Ils sont victimes d’une mentalité fortement révolue des parents qui pensent qu’investir sur un enfant handicapé est une perte. A chaque rentrée des classes, surtout dans les zones rurales, le cas des enfants handicapés exclus du système éducatif est très inquiétant pour l’avenir de ces enfants. En effet, pendant la rentrée des classes, l’on constate que la plupart des enfants qui présentent un handicap accompagnent leurs frères et sœurs qui ont l’âge d’aller à l’école. Ces derniers se déplacent à l’aide d’une béquille, certains dans des roulettes dont les roues sont presque inexistantes ou usées à défaut du manque de moyens des parents pour réparer les deux roues. Il faut dire que la majorité des roulettes dans lesquelles ces enfants se déplacent sont  le plus souvent offertes par des ONG. Déjà conscients du refus des parents à les inscrire au CP1, ces tout-petits présentent une mine piteuse, encourageant leurs frères et sœurs à aller à l’école. Certains même accompagnent leurs frères et sœurs jusqu’à même dans le bureau du directeur de l’école. « Il ne faut pas avoir peur du maitre. On dit qu’il ne frappe pas ; Si tu réussis à l’école, tu vas venir me chercher aussi. Mon père dit que moi je ne peux pas aller à l’école », a fait savoir la petite Karidja abattu par le désespoir et qui avait l’âge d’aller à l’école dans une école primaire dans la commune d’Attécoubé. Le cas de ces enfants victimes d’une maladie est devenu une coutume durant la période de la rentrée scolaire.

Des enfants presque abandonnés par leurs parents

Particulièrement dans les quartiers précaires Boribana dans la commune d’Attécoubé, Doukouré et Andokoi dans la commune de Yopougon, sans oublier les quartiers Adjoufou, Koumassi Ramblais et quelques quartiers précaires dans la commune de Cocody, il y a beaucoup d’enfants handicapés. Pour certains, les enfants handicapés sont le fait de la sorcellerie. Selon eux, les parents n’ont pas obéi à une coutume par exemple, ou bien l’enfant handicapé est lui-même un génie ! De ce fait, il faut l’éliminer, et si on ne l’a pas pu, on le cache. Par ailleurs, notre équipe de reportage en faisant le tour du quartier a constaté que la zone abrite beaucoup d’enfants handicapés qui ne vont pas à l’école.  C’est surtout à la Gesco, un quartier précaire de Yopougon, que quand il nait un enfant handicapé, la situation devient grave. C’est la faute de la femme, c’est elle qui a mis au monde un enfant handicapé. Soit elle est répudiée, soit le mari l’abandonne avec les enfants. « Qu’est-ce qu’un enfant handicapé peut m’apporter ? D’ailleurs, je n’ai pas assez de moyens pour son suivi à l’école. Qu’elle assistance peut-on lui apporter concrètement ? », a indiqué M. Tajourou Sékou père d’un enfant handicapé.

Les enfants malvoyants et malentendants par exemple, ne sont pas épargnés. Ils ne sont pas scolarisés parce que pour les parents, ce sont des enfants dont l’intelligence est détruite. Par ailleurs au Badeau, l’un des plus gros quartiers précaires de la ville de San Pédro au Sud-Ouest du pays, les communautés musulmanes, chrétiennes ou animistes ont le même comportement  à l’égard de ces enfants victimes d’un handicap. Les musulmans poussent ces enfants à la mendicité.  Les chrétiens vont à la prière et s’ils n’obtiennent pas de résultats spectaculaires, on enferme l’enfant comme les animistes. Là-bas, les personnes handicapées sont des laisser pour compte. On a même l’impression qu’aucune structure étatique  ne s’occupe d’eux. L’on se rend compte que les mamans n’ont pas d’activités génératrices de revenus leur permettant de venir en aide de ces petits infirmes. Dans leurs familles, leurs frères et sœurs généralement scolarisés ne s’occupent pas d’eux. Le matin, tout le monde vaque à ses occupations que tu sois écolier ou que tu sois vendeur, chacun mène une petite activité. En mot, tout le monde part de la maison et l’enfant est obligé d’être enfermé. Et quand il a la possibilité de sortir, il va mendier car il faut qu’il ait de l’argent pour vivre. Les enfants handicapés issus surtout de ces quartiers pauvres sont vraiment des personnes qui ont besoin des gens qui les comprennent et qui les acceptent tels qu’ils sont surtout et qui acceptent de marcher avec eux.

L’enfant handicapé constitue encore le dernier des soucis de ses parents

La scolarisation de l’Enfant handicapé n’est pas le premier souci des parents des quartiers pauvres d’Abidjan. La mère part  tôt le matin à la recherche du quotidien, les frères et sœurs vont à l’école. Les parents des familles démunis pensent moins à la vie du handicapé moteur ou psychique.  C’est vrai que aujourd’hui, quand on discute avec un enfant handicapé, il vous dit ceci : « Moi je peux apporter quelque chose à mon pays, ce n’est pas parce que je suis handicapé physique que je ne peux pas faire quelque chose ! Je travaille bien à l’école et je vais devenir médecin », dit l’un d’eux. Mais il y a sept ou dix ans, il n’aurait pas dit cela, parce qu’avec tout ce qu’il avait autour de lui comme pratiques des parents, il se croyait réduit à zéro. En dépit de cela, nombreux sont les parents récalcitrants des quartiers pauvres qui refusent encore de scolariser leurs enfants handicapés, malgré les appels incessants de Mme Mariatou Koné ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation, du ministre de la santé, de Mme la ministre de la femme et de l’Enfance.

95% des enfants handicapés sont exclus de l’école en zones rurales

Dans les zones Centre Nord et Ouest de la Côte d’Ivoire, surtout dans les villages, la plupart des parents de ces enfants handicapés préfèrent orienter leurs enfants vers les travaux champêtres. Ces enfants sont considérés comme des subordonnés de la société. Bien que la scolarisation des enfants soit gratuite au CP1, le taux du nombre d’enfants handicapés est très faible. Les parents préfèrent que leurs enfants les suivent au champ ou pratiquent d’autres activités telles que l’artisanat, la forge, le commerce, l’élevage etc…Indéniablement 95% sont des enfants qui présentent un handicap sont exclus du système éducatif dans les zones rurales. C’est le même son de cloche dans tous les villages  de la Côte d’Ivoire. L’aide de Mme Mariatou Koné ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation est souhaitée afin que l’excellence au niveau des enfants handicapés intellectuels ou psychiques soit célébrée, ensuite sensibiliser la communauté villageoise pour un changement de comportement à l’égard de ces enfants.  La majorité de ces enfants ne sont pas sans aucune solution éducative. L’heure n’est plus à l’interrogation sur le droit à la scolarisation. Elle est à la mise en place de tous les moyens pour faire de ce droit une réalité tangible pour tous les enfants. Certes, les structures sociales en charge de la réinsertion de ces enfants à l’école se battent afin de pallier un temps soit peu à l’absence de la politique en faveur des enfants handicapés intellectuels psychiques et moteurs. Mais beaucoup reste à faire. Elles doivent plus élargir leur performance en approchant les familles les plus  pauvres des différentes régions du pays. Car malgré l’existence des structures d’accueil de ces enfants, beaucoup d’entre eux restent à la maison pendant la période des classes surtout dans les familles extrêmement pauvres.

Enquête réalisée par Amed Bamba

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BAMBA AMADOU

Journaliste formé à l’institution britannique Media Diversity Institute (MDI), membre du cabinet de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI ), secrétaire général de l’Union des Journalistes Professionnels pour la Promotion de la Paix et du Développement (UJPD)

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