Selon le rapport du 2 octobre 2024 intitulé « Chantiers de la lutte contre la cybercriminalité en Côte d’Ivoire », le préjudice financier lié à ces arnaques, déclarées entre 2009 et 2022 à la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) et au Centre national de veille et de réponse aux incidents de sécurité informatiques (CI-CERT), s’élève à un peu plus de 65 milliards FCFA, soit environ 5,5 milliards FCFA en moyenne par an.
Tout commence par l’ingénierie sociale
Pour Armand Tra Bi, expert et formateur en cybersécurité, toutes les techniques d’escroquerie reposent d’abord sur le lien social. Les escrocs jouent sur la confiance, un élément clé dans la mise en place de leurs stratagèmes. Demander le téléphone d’un inconnu pour « passer un appel » peut par exemple permettre d’y installer discrètement un programme malveillant, donnant ensuite à l’escroc le contrôle total de l’appareil. Le même procédé s’applique aux ordinateurs. Que ce soit par e-mail, par téléphone ou en personne, les méthodes varient, mais l’objectif reste le même. Apprendre à reconnaître les signaux d’alerte demeure, selon l’expert, la meilleure défense contre ces attaques.
Des méthodes en constante évolution
L’arnaque par téléphone et SMS reste l’une des plus répandues. Le principe est simple : un message annonce à la victime qu’un dépôt vient d’être effectué sur son compte mobile Money. Le 30 novembre 2024, Albert Kouadio, retraité, a fait les frais de ce stratagème. Pensant recevoir de l’argent de la part d’un de ses enfants, il a consulté son compte quelques secondes après avoir reçu un tel message. Le temps de vérifier, les escrocs avaient déjà vidé l’intégralité de son solde.
Autre technique très prisée : l’usurpation de l’identité visuelle d’institutions publiques ou privées pour proposer de faux recrutements. Derrière ces annonces se cache en réalité une tentative de phishing. Les escrocs se font passer pour des recruteurs légitimes afin d’inciter leurs cibles à transmettre des informations personnelles, voire à régler de prétendus frais de dossier pour des postes qui n’existent pas.
Le phishing sert également à des fins plus larges : dérober des données confidentielles, espionner les activités d’une entreprise ou d’une institution, voire paralyser ses systèmes informatiques. En passant par des employés à leur insu, les cybercriminels parviennent à s’introduire dans les réseaux internes.
Le commerce électronique n’est pas épargné. Des vendeurs peu scrupuleux proposent des produits en ligne dont la mauvaise qualité n’apparaît qu’après réception. Une fois la commande passée et le paiement effectué, le vendeur devient injoignable.
Des conseils …
Face à ces menaces, Armand Tra Bi appelle à une vigilance accrue. Ses recommandations sont claires : ne jamais répondre aux messages d’inconnus, ne jamais partager son code confidentiel ou toute autre information personnelle, et contacter directement son opérateur mobile en cas de doute. Il déconseille également de céder à toute demande d’action urgente, et recommande d’attendre au moins une heure avant de consulter son compte mobile money après réception d’un dépôt, plutôt que de le faire dans la précipitation.
L’expert met aussi en garde contre les tontines et les prêts en ligne organisés par des inconnus, ainsi que contre les applications de crédit qui, une fois installées, donnent accès au téléphone et aux contacts de l’utilisateur. Sa conclusion résume l’esprit de la prévention : « Tout ce qui est gratuit sur Internet, c’est l’utilisateur qui est en réalité le produit. »
Maya KONAN